Santé

Retour du salarié après un cancer : l'employeur peu préparé

10 octobre 2017
La médecine progresse vite, le monde du travail peine à suivre. À l’occasion de la conférence Cancer et Travail : un enjeu sociétal, nous avons recueilli le témoignage de Catherine Barre Gascoin, 48 ans, atteinte d’un cancer du sein métastatique*.

« Il faut que les choses bougent » !

C’est par ces mots que Catherine commence l’entretien. Un vrai cri du cœur, qu’elle n’a de cesse de clamer haut et fort via son blog et sa page Facebook. Elle témoigne sur son vécu, les jours « avec », les jours « sans ». Un moyen de partager de l’expérience avec les autres femmes atteintes comme elle et de faire de la pédagogie auprès des autres en somme. Car « les gens sont souvent démunis face à la maladie et d’avantage encore dans le monde du travail » note-t-elle. Entre son 1er cancer en 1996 et aujourd’hui, elle remarque que le mot « cancer » fait toujours aussi peur. 

 

« Les employeurs ne sont pas armés pour gérer le retour des salariés »

Sans amertume aucune, elle constate simplement que les RH, les patrons d’entreprises et les managers ne sont pas assez sensibilisés, pas assez préparés pour ces situations. Quelle que soit la maladie de longue durée d’ailleurs. « Les employeurs ne sont pas armés pour le retour du salarié.  Ils sont tout aussi démunis pour gérer l’absence du collaborateur quand elle se prolonge ». Il ne leur est « pas toujours facile, de trouver la bonne distance », de peur d’être trop intrusif ; ou ils ne savent tout bonnement pas quoi faire, ni dire. En témoigne, l’attitude de la hiérarchie de Catherine. À son retour, après un an de traitement, son N+1 lui a avoué « être très mal à l’aise face à la maladie » d’où son silence absolu durant cette période.

 

« Les salariés eux-mêmes sont transformés par le cancer »

Si le cancer est guéri ou sous contrôle pour la médecine, les choses ne sont pas aussi simples pour le salarié qui revient. « Après un an, parfois plus, d’absence, il se sent comme un redoublant dans une classe où tous ses petits camarades ont progressé. Il a besoin d’être accueilli et accompagné pour retrouver sa place dans l’organisation. » Dans le cas des cancers métastatiques, quand la maladie devient chronique donc, « une autre difficulté s’ajoute : le salarié malade ne peut pas garantir la régularité nécessaire à son employabilité puisqu’il passe par des phases de rémission et de rechute. »

 

Des solutions alternatives à inventer

Des solutions pour tenir compte des nouvelles contraintes du salarié, il en existe, mais pas toujours adaptées au poste, ni aux responsabilités du collaborateur : « si le mi-temps thérapeutique peut fonctionner pour des emplois opérationnels, il n’est du tout pertinent pour les postes d’encadrement ». Catherine en a fait l’expérience. Elle a testé ce retour progressif à l’emploi en étant à la tête d’une équipe, dans un poste de marketing stratégique. Elle travaillait 2,5 jours et s’absentait le reste de la semaine. C’était intenable pour ses collaborateurs comme pour elle. Elle a préféré partir. « Il faudrait des organisations plus souples, avec le recours plus fréquent au télétravail par exemple, mais aussi des organisations capables de proposer des reconversions au salarié s’il doit s’orienter vers un métier plus adapté ». Toutefois, l’employeur n’est pas seul face à ces problématiques : Catherine souligne que la médecine du travail doit jouer un rôle plus important dans le retour du salarié et son accompagnement dans la durée. 

 

Pour en savoir plus et débattre, rejoignez-nous le 11 octobre à 18h dans les locaux d’Audencia pour une conférence qui s’annonce particulièrement enrichissante.

 

*Il faut distinguer cancer primaire (duquel on peut guérir) du cancer secondaire dit métastatique. Ce dernier « peut se propager de l’endroit où il est apparu à une autre partie du corps. Le site d’origine du cancer est appelé tumeur primitive. Le cancer qui se développe dans une autre partie du corps est appelé cancer métastatique ou cancer secondaire. Le cancer métastatique est composé du même type de cellules cancéreuses que le cancer primitif ». (Cf. Définition Société Canadienne de Cancer)


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