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Femmes-hommes, salaire égal : on attend 2044 ?

15 mars 2017
Par Anne-Laure Guihéneuf, responsable du pôle Research & Business d'Audencia

L’Islande a franchi un cap historique en annonçant la création d’une loi paritaire pour contraindre les entreprises publiques et privées à pratiquer une stricte égalité salariale à poste équivalent. Pays particulièrement innovant et avancé en matière d’égalité professionnelle, il a fait la une de la presse le 24 octobre dernier. À 14h38, des dizaines de milliers de femmes ont cessé de travailler en Islande, heure à laquelle, à salaire équivalent aux hommes, elles ne sont plus payées.

En France, les derniers chiffres de l’INSEE montrent un écart de salaire toujours aussi flagrant entre femmes et hommes : 17,4 %. Certes, le chiffre progresse mais beaucoup trop lentement. Et plus largement, les femmes continuent d’être victimes de ségrégation professionnelle à la fois horizontale et verticale. En effet, près de la moitié d’entre elles se concentre dans une dizaine de métiers seulement. Elles travaillent davantage dans les métiers les moins rémunérateurs. En Pays de la Loire, 82 % des postes à temps partiel sont occupés par des femmes. Derrière les chiffres, c’est le poids des stéréotypes qui parle.

Présents à toutes les étapes de la vie, ils agissent dès la naissance. L’exemple des catalogues de jouets, pourtant déjà épinglés, illustre à la perfection les clichés sexistes. À l’exception de quelques marques engagées, les enseignes continuent à véhiculer une image stéréotypée et caricaturale des jeunes enfants où les petites filles ne jouent qu’avec princesses et poupées tandis que les jeunes garçons se rêvent aventuriers et super héros. Les médias aussi sont responsables. Seules 19 % des expertes invitées sur les plateaux sont des femmes et quand elles interviennent, c’est pour traiter principalement des sujets considérés comme « féminins » : la maternité, les violences conjugales, le système scolaire... La publicité également est un formidable vecteur en matière de clichés : preuves en sont, la dernière campagne de la prestigieuse maison Yves Saint Laurent où la femme est mise en scène d’une façon dégradante ou encore le loueur de voitures Sixt qui a lancé le slogan  « Oui, nous louons aussi aux femmes ».

Anodin, drôle ? Non, les conséquences sont lourdes et notamment dans la sphère professionnelle où les recruteurs, de façon souvent inconsciente, véhiculent certains de ces clichés. Le plafond de verre, ce plafond invisible auquel se heurtent les femmes dans l’avancée de leur carrière ou dans l’accès aux postes à responsabilités n’est malheureusement pas un mythe, sans parler des préjugés sur les mamans actives. La loi pour l’égalité professionnelle existe depuis 33 ans en France et pourtant, seul un tiers des entreprises de moins de 300 salariés disposent d’un accord sur l’égalité salariale. Les femmes, elles-mêmes, ont aussi intériorisé ces stéréotypes. On parle du syndrome de l’imposture ou l’autocensure. La femme ne se sent pas suffisamment légitime, notamment dans la négociation salariale. Les questions d’argent et plus largement d’ambition peuvent être compliquées à aborder.

Est-ce que l’on progresse en France ? Oui, une étude d’Accenture nous a récemment prédit une égalité salariale pour 2044. En étant optimiste, il nous reste encore 27 longues années à patienter. Faut-il légiférer ? Les freins culturels sont si longs à lever qu’un coup de pouce législatif pourrait peut-être nous faire gagner quelques années. L’Islande a franchi le cap, pourquoi pas nous ?


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