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Soutenance de thèse de Claire-Isabelle Roquebert

19 novembre 2018
L’ambivalence des démarches de RSE dans les entreprises engagées en Biodynamie

© Étienne Gautier

Mercredi 14 novembre, Claire-Isabelle Roquebert, doctorante de la Chaire RSE, a soutenu sa thèse, entamée il y a 5 ans. L’objectif principal de la thèse est de comprendre comment les entreprises se transforment pour répondre aux nouveaux défis qui s’imposent à elles dans le contexte actuel de crise écologique. Le terrain de recherche est constitué de deux entreprises fortement engagées à travers leur adhésion aux valeurs et aux pratiques de la Biodynamie.

 

La Biodynamie comme engagement écologique

La Biodynamie est l’un des mouvements fondateurs de l’agriculture biologique et s’est développée face à la marchandisation et à la chimisation de l’agriculture au début du XXe siècle. Ses partisans critiquent aujourd’hui la perte des fondements éthiques et critiques dans certaines exploitations bio et continuent de défendre la vision d’une ferme autonome et fondée sur l’équilibre entre les plantes, les animaux, les hommes et les forces cosmiques. Deux entreprises engagées en Biodynamie, les Côteaux Nantais (membres de la Chaire RSE) et Body Nature, ont été étudiées par Claire-Isabelle Roquebert depuis quelques années, afin de comprendre comment les collaborateurs, les manageurs et les dirigeants appréhendent la RSE dans un tel contexte.

 

La tension des entreprises en deux modèles d’organisation

Les deux entreprises apparaissent en tension entre deux modèles organisationnels. D’une part, la croissance et la structuration de leurs activités depuis une quinzaine d’années, ainsi que l’intensification de la concurrence sur le secteur de l’agriculture biologique, favorisent la mise en place d’une organisation pyramidale et segmentée, où la finalité économique domine de plus en plus. Dans cette perspective, la RSE est mise en place pour répondre aux demandes des parties prenantes externes essentiellement et constitue un supplément de charge administrative pour les collaborateurs. Ce modèle d’organisation est en partie critiqué par ces entreprises, qui craignent que l’activité ne soit plus régie par les besoins de l’exploitation agricole et par les valeurs de la Biodynamie, mais qu’elle finisse par être avant tout soumise aux exigences du marché.

D’autre part, les collaborateurs, les manageurs et les dirigeants tentent de défendre une RSE fondée sur les valeurs personnelles et ancrée dans l’expérience quotidienne de la relation au vivant, à travers l’exploitation agricole et le développement de sites exemplaires en termes de biodiversité. La thèse montre que la proximité au terrain et à la nature n’est réellement possible qu’en mettant en place une organisation en réseau, constituée d’équipes de petite taille, flexibles et autonomes. Ce modèle d’organisation permettrait de suivre une finalité écologique évolutive, qui s’adapte aux besoins de la nature et des hommes qui constituent l’entreprise. La RSE deviendrait alors la finalité de l’entreprise et non une stratégie particulière, remettant alors en question l’idéologie de croissance inhérente au capitalisme. Les deux entreprises peinent pour le moment à garantir ce modèle organisationnel, dans un contexte de concurrence accrue. Finalement, ce travail de recherche met en évidence les tensions liées au maintien de l’intégrité de l’engagement pour des PME en croissance et soumises à des contraintes concurrentielles grandissantes.

 

La question du lien entre l’Homme et la Nature

Plus fondamentalement, la thèse interroge la conception occidentale de la nature, fondée sur une séparation Homme/Nature. Elle invite à s’interroger sur la possible réintégration de l’homme, comme entité vivante singulière, au sein de la nature. Les agroécologies, dont la Biodynamie fait partie, fournissent des exemples précieux d’entreprises qui tentent de rétablir des liens d’ordre relationnel et sensible à la nature, plutôt que de la considérer comme une ressource pour l’entreprise.

 

Ce travail de recherche a été accueilli de façon élogieuse par les Côteaux Nantais et Body Nature ainsi que par les membres du jury lors de la soutenance. « À découvrir et à lire absolument ! C’est une mine de pépites à ciel ouvert à poursuivre car optimiste pour Body Nature avec « Au-delà du Bio® » », selon les mots du fondateur de Body Nature, Gilles Guilbaud. La thèse sera prochainement disponible sur le site http://theses.fr. Claire-Isabelle Roquebert va poursuivre ses recherches dans la cadre d’un post-doctorat à l’Université de Lausanne à partir de janvier 2019. Ses recherches porteront sur la Biodynamie et sur les enjeux de son institutionnalisation pour la transformation des pratiques dans la filière agricole.

 


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